3. Bieler Gespräche
An den 3. Bieler Gesprächen wurden in französischer Sprache die Übersetzungen zu einem Text von Annette Hug (siehe unter "Texte") zu Gehör gebracht und diskutiert:
Georgette Blanc
Catherine Seylaz
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Traduction par Georgette Blanc:
Institution
I. Corporate Identity
Un couloir haut et sombre conduit peut-être au service clientèle. De quelque part filtre un rai de lumière dont on n’aperçoit que le reflet sur le sol d’une propreté étincelante. Le passage est relié à des cages d’escaliers, des glissières, des ascenseurs ainsi qu’à d’autres couloirs moins bien nettoyés. A de petites pièces, des parcs, des paysages lacustres et des funiculaires. Des tubes pneumatiques cliquètent dans les parois.
Le service clientèle est probablement au fond à gauche, nous cherchons, comme délégués, le département « Partenaires sexuels. » Nous marchons en formation « queue d’aronde », et aux extrémités, nous remplissons le couloir, croiser quelqu’un venant en sens inverse serait impossible. Une trappe avale d’abord les hommes qui sont en tête, puis tous les autres. A l’étage inférieur, nous apercevons pour la première fois des gens. Ils se donnent le bras et se balancent, cela aussi fait partie de l’entreprise, mais cela ne sert pas d’argument publicitaire. Nous chutons encore d’un étage et atterrissons dans un cercle de méditation. Les premiers expirent à fond et, telle la bise, nous attendent dans le jardin. Mais nous devons d’abord remettre notre réclamation.
Une servante du temple nous asperge le visage d’eau de source, quelqu’un joue du violon. Cela grince sur tous les tons pour faire avancer. Au plus haut, on entend le guide dispenser une formation continue, il est nu, suspendu par les pieds à la poutre du pignon, il crie vers le ciel, de son point de vue vers le bas. « Qui n’apprend pas à penser librement sera fusillé », crie-t-il.
Les petits hamsters aux joues rebondies rient, ils courent par milliers dans les couloirs, ils nous font trébucher, tomber, chacun dans une direction différente, mais le sol est couvert de hamsters, et nous sommes ainsi emportés à nouveau dans une autre direction.
« Où est le service clientèle » me demande une reine en manteau de velours en lambeaux. Hier elle s’était peut-être maquillée, elle semble avoir peu dormi la nuit dernière.
« Où est le service clientèle, le département des partenaires sexuels », insiste-t-elle. Elle ne me croit pas quand je lui dis que je ne suis pas d’ici, elle le verrait à mes domestiques. Elle ne croit pas non plus à l’Evolution, elle nie la transformation de l’éponge multi usages en un outil sexué, mâle ou femelle, cela n’engendre ni majordome ni bonne à tout faire. Ni jardinier. Or ce sont eux qui ont lacéré le manteau de la reine et volé son lit, voilà pourquoi elle semble si exténuée.
Une jardinière enseigne les chants d’oiseaux, les réclamations doivent être faites en sifflant une suite mélodique donnée, mais la reine veut crier. On la repoudre et on la conduit vers un lit à eau. Soudain arrive le funiculaire qui me conduit à la salle du trône, où se trouvent d’autres délégués, assis et pensifs. Ils essaient de se souvenir, ils ont encore trois secondes et me regardent pleins d’espoir, mais moi aussi j’ai oublié l’objet de ma réclamation.
[….]
8. Sans fil
Des ondes d’écume recouvrent le lac. Un émetteur est installé dans la montagne pour que les canards restent en mouvement. Ils chassent la mousse de leurs yeux en clignant dès que l’eau se calme. Mais cela ne dure pas longtemps. Les ondes sont à nouveau actionnées. C’est que nous voulons atteindre le fond et les nuages, et les ondes sont notre moyen de locomotion, avec des semelles de plomb pour atteindre le bas, et un propulseur pour le haut.
Les troncs de lapins ne peuvent plus participer à notre entreprise, leur tête est catapultée hors des nuages et personne n’a parlé d’étoiles. Nous n’avons pas besoin non plus de talons vibratoires, par contre nous devons avoir une musculature des cuisses adaptée aux mouvements ondulatoires. C’est ainsi que les jardiniers, eux aussi, plongent et sautent dans le lac et qu’ils déposent secrètement des oeufs dans le creux des vagues afin que l’année prochaine éclosent de nouveaux canards.
Traduction par Catherine Seylaz:
L’Entreprise
1. Image de marque
Un haut et sombre couloir semble conduire au service clientèle. De quelque part tombe une lumière qui ne donne à voir que son reflet sur le sol parfaitement astiqué. Le couloir est relié à des cages d’escaliers, des toboggans, des ascenseurs et à d’autres couloirs, moins bien astiqués. Il donne sur de petites pièces, des parcs, des paysages lacustres et des funiculaires. Le réseau de tubes pneumatiques cliquette dans les parois.
Il semble que le service clientèle soit au fond à gauche, nous cherchons la division partenaire sexuel, notre délégation est en forme de queue d’aronde dont les pointes envahissent le couloir, il serait impossible de croiser.
Une trappe avale d’abord les hommes de tête, puis tous les autres. À l’étage inférieur, pour la première fois, il y a des gens. Ils se dandinent – cela fait aussi partie de l’entreprise, mais n’est pas utilisé à des fins publicitaires. Nous tombons un étage plus bas, dans un cercle de méditation. Les hommes de tête expirent à fond et nous attendent, comme la bise, dans le jardin. Mais nous devons d’abord déposer notre réclamation.
Une vestale nous jette de l’eau de source au visage, quelqu’un joue du violon. Cela grince sur tous les tons pour activer le mouvement. Sur la plus haute note, on entend le chef de formation continue, il est nu, suspendu par les pieds au trapèze fixé au faîte. Il lance un appel vers le ciel – de son point de vue, vers le bas. Qui n’apprend pas à penser librement sera fusillé, crie-t-il.
Les petits hamsters aux joues pleines s’esclaffent, par milliers ils se précipitent à travers les couloirs, nous partons tous à la dérive, tombons en avant, chacun dans une autre direction, mais le sol est couvert de hamsters, et nous sommes emportés dans une autre direction encore.
Où est le service clientèle, me demande une reine en manteau de velours déchiré. Hier elle portait peut-être un maquillage, elle a vraisemblablement à peine dormi la nuit dernière.
Où est le service clientèle, division partenaire sexuel, insiste-t-elle, et elle ne me croit pas quand je lui dis que moi non plus, je ne connais pas les lieux : j’ai l’air de faire partie de la maison. Par ailleurs, elle ne croit pas à l’évolution, elle nie la transformation de l’éponge multi usage en un ustensile masculin et féminin, qui n’engendre ni maîtres d’hôtel, ni bonnes à tout faire Ni jardiniers non plus. Ils ont déchiré le manteau de la reine et volé son lit, c’est pourquoi elle a l’air si exténuée.
Une jardinière enseigne les chants d’oiseaux, les réclamations doivent être sifflées, suivant une mélodie imposée, mais la reine veut hurler. On la repoudre et on la conduit au lit d’eau.
Soudain le funiculaire arrive, il m’emmène dans la salle du trône, où d’autres délégués sont assis et méditent. Ils cherchent à se rappeler, ils ont encore trois secondes, ils me regardent avec espoir, mais moi aussi j’ai oublié l’objet de la réclamation.
[…]
8.- Sans fil
Des ondes écumeuses traversent le lac. Un poste émetteur a été installé dans la montagne, afin que les canards restent en mouvement. Ils clignent des yeux, quand l’eau s’apaise. Pas pour longtemps. Les ondes sont à nouveau mises en marche. Il faut dire que nous aspirons à toucher tour à tour le sol et les nuages, les ondes sont notre moyen d’y parvenir, pieds plombés en bas et tête propulsée vers le haut.
Les lièvres-troncs sont éliminés de l’opération, leur tête ayant été projetée au-dessus des nuages, et personne n’a parlé des étoiles. On n’a que faire des talons défaillants, nous sommes censés posséder une musculature des cuisses suffisante pour surfer sur les ondes.
Les jardiniers, eux aussi, plongent et émergent tour à tour à travers le lac. Dans le creux des vagues, ils déposent secrètement leurs oeufs, afin que l’année prochaine éclosent de nouveaux canards.
